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Deux soirées au Printemps de Pérouges : entre évidence Kravitz, utopie Magma et hommage trop sage de l’Australian Pink Floyd Show !

Les mardi 23 et mercredi 24 juin, le Festival du Printemps de Pérouges ouvrait son édition dans le cadre toujours singulier du château de Saint-Maurice-de-Rémens. Deux soirées d’ouverture aux esthétiques contrastées, où se sont croisés l’évidence d’un grand nom du rock Lenny Kravitz, l’utopie musicale de Magma et les limites d’un exercice d’hommage parfaitement huilé de l’Australian Pink Floyd Show.

La première soirée, mardi 23 juin, restera sans doute comme l’un des moments les plus marquants du festival. La chaleur, écrasante dès la journée, aurait pu altérer l’expérience. Elle n’aura finalement fait que souligner, par contraste, la sensation d’abri que procure le parc du château, baigné en soirée d’une lumière presque suspendue.

Dans ce décor chargé d’histoire, où Antoine de Saint-Exupéry passa une partie de son enfance, Lenny Kravitz apparaît avec une forme d’évidence tranquille. À 62 ans, il demeure l’une des dernières figures d’un rock populaire capable de traverser les générations sans se renier ni se figer dans la nostalgie.

Sans démonstration inutile, sans scénographie écrasante, il s’appuie sur l’essentiel : un groupe d’une précision redoutable et un répertoire devenu patrimoine. Dès « Bring It On » et « Dig In », le concert s’installe dans une tension souple, entre énergie rock et élégance soul. « TK421 », « Always on the Run », puis « I Belong to You » et « Stillness of Heart » dessinent une trajectoire fluide, presque naturelle, où chaque morceau semble trouver sa juste place.

La dernière partie du concert confirme cette impression de maîtrise détendue. « It Ain’t Over ’Til It’s Over » conserve sa grâce intacte, tandis que « American Woman », « Fly Away » et surtout « Are You Gonna Go My Way » déclenchent une vague collective impressionnante. Le final avec « Let Love Rule », étiré et habité, referme la soirée sur une forme de communion simple, sans effet superflu, où l’artiste semble davantage transmettre que démontrer.

Le lendemain, mercredi 24 juin, changement de perspective avec Magma. Toujours guidé par Christian Vander, le groupe poursuit depuis 1969 une trajectoire absolument singulière, sans équivalent durable dans le paysage musical. Héritier autant de Stravinsky que du rock progressif, du free-jazz et des musiques expérimentales, Magma a forgé un langage propre, le « zeuhl », issu du kobaïen, langue imaginaire censée dire une « musique céleste ».

Sur scène, cette construction mentale et sonore conserve une puissance rare. Le temps a pu en adoucir certaines aspérités, mais pas en dissoudre la logique interne. Les voix s’entrelacent comme dans une liturgie abstraite, les rythmes s’imbriquent avec une précision presque organique, et Christian Vander continue d’incarner cette vision totale, à la fois rigoureuse et visionnaire. Moins incendiaire qu’autrefois, le concert n’en demeure pas moins traversé par une forme d’exigence rare, presque hors du temps.

La soirée du mercredi 24 juin se poursuit avec l’Australian Pink Floyd Show. Ici, tout est parfaitement en place : son, lumières, projections, exécution. L’hommage est spectaculaire, méticuleux, souvent impressionnant dans sa maîtrise technique.

Mais derrière cette mécanique sans faille, quelque chose se dérobe. La musique de Pink Floyd y est rejouée avec fidélité, parfois même avec virtuosité, mais sans toujours retrouver ce qui en faisait la singularité : une étrangeté diffuse, une respiration lente, une forme d’inquiétude poétique difficile à reproduire. Le résultat, très propre, laisse une impression paradoxale : celle d’un spectacle réussi mais rarement traversé.

Au-delà des scènes, le festival confirme ce qui fait sa force : un équilibre entre ambition artistique et attention portée au public. Les bénévoles, omniprésents et bienveillants, participent pleinement à cette atmosphère détendue, presque familiale malgré l’ampleur de l’événement.

Et puis il y a le site lui-même, transformé en décor presque onirique par les installations lumineuses, les couleurs du festival et ces coquelicots suspendus aux arbres, qui semblent flotter dans la nuit.

Au final, ces deux soirées d’ouverture dessinent un festival à la fois généreux et contrasté : marqué par la puissance simple de Lenny Kravitz, la singularité radicale de Magma et la réussite formelle mais plus distante de l’hommage à Pink Floyd. Une entrée en matière riche, à l’image d’un événement qui continue de cultiver un certain art du cadre autant que de la programmation.

 

Pour plus d’information sur le Festival de Pérouges jusqu’au 28 juin au Château de Saint-Maurice de Rémens (01):

festival-perouges.org

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