C’est déjà complet. Les billets à l’unité, les packs trio et les pass donnant accès à cette soirée se sont envolés depuis longtemps, signe de l’attente suscitée par ce dernier rendez-vous de la 45ᵉ édition de Jazz à Vienne. Seul le pass intégral permet encore d’y prendre part. Une évidence, tant cette All Night Jazz réunit quelques-unes des formations les plus stimulantes du moment autour d’une même promesse : faire durer la nuit jusqu’au petit matin.
Les festivités s’ouvrent avec Ubaq, jeune trio révélé par le Rezzo Jazz à Vienne. Une entrée en matière tout en finesse, où le jazz contemporain cultive l’espace, le silence et les nuances avant que la soirée ne prenne progressivement de la vitesse.
Le changement de régime est immédiat avec The Fearless Flyers. Réunis autour de Cory Wong, Joe Dart, Mark Lettieri et Nate Smith, ces quatre musiciens comptent parmi les instrumentistes les plus impressionnants de leur génération. Ici, pas d’esbroufe : chaque note est au service d’un groove d’une précision redoutable, servi avec une décontraction jubilatoire.
Puis vient le moment que beaucoup attendent. Deux ans après un concert devenu l’un des grands souvenirs récents du festival, Vulfpeck retrouve le Théâtre Antique. Le collectif américain s’est imposé comme un phénomène à part dans le paysage musical, capable de faire dialoguer le funk des années 1970, la liberté du jazz, la science de la pop et une énergie résolument contemporaine. Chez eux, la virtuosité ne s’exhibe jamais : elle circule avec une légèreté désarmante, portée par un sens irrésistible du collectif. Chaque concert ressemble à une immense conversation musicale où le plaisir de jouer devient immédiatement celui du public.
La nuit ne s’arrête pas pour autant. Ludivine Issambourg prend le relais avec une musique généreuse où la flûte retrouve sa puissance festive, entre jazz, soul, funk et influences afro. Une manière lumineuse de maintenir la danse bien après minuit.
Enfin, lorsque les premières heures du jour approchent, Souleance referme la parenthèse avec ses grooves voyageurs, ses collages sonores et son art de transformer le dancefloor en terrain d’exploration. Le duo cultive un goût rare pour les métissages, faisant dialoguer les musiques du monde, le hip-hop, la soul et les rythmes électroniques avec une élégance toute artisanale.
Cette All Night Jazz n’a rien d’un simple marathon musical. Elle célèbre ce que Jazz à Vienne sait offrir de mieux : des artistes qui abolissent les frontières entre les styles, des concerts qui se répondent comme autant de chapitres d’une même histoire, et cette sensation précieuse qu’au cœur de la nuit, la musique continue de rassembler. Une façon idéale de refermer le festival, en laissant le groove avoir le dernier mot.
