Nombreux rappels, applaudissements nourris, centaines de téléphones allumés au théâtre antique en final, comme pour une pop star pour Stefano di Battista : Jazz à Vienne a assurément réussi son ouverture qui a amené son lot de belles surprises lors d’une soirée qui a drainé 3 250 festivaliers.
Erik Truffaz a coutume de dire qu’en matière de Jazz, « la difficulté est toujours de faire une musique savante, mais qui reste populaire, c’est-à-dire accessible… »
C’est exactement ce que l’on a pu ressentir hier.
Le pari du trompettiste suisse de proposer des arrangements originaux de sa main, mêlant Jazz et musique classique avec les violons et les violoncelles de l’Orchestre des Alpes et du Léman dirigé par le jeune chef Raphaël Merlin, se révéla assez magistral.
Un rêve qui expliqua-t-il vient de loin : lorsqu’il avait joué, il y 46 ans avec l’orchestre de Genève, le Requiem de Fauré, notamment, une expérience qui l’avait profondément marqué.
Ses sonorités souvent feutrées, son jeu aérien faisant penser à Miles Davis n’ont jamais été aussi bien servis que par les nappes de cordes souvent répétitives façon musique minimaliste américaine leur donnant une résonance particulière, savoureuse, et aérienne.
Tous les musiciens qui l’entouraient semblaient galvanisés par l’enjeu à commencer par la pianiste Estreilla Besson dont la sobriété évocatrice constituait la marque de ses explorations sonores.
Ce concert fut d’autant plus passionnant qu’il révéla son lot de surprises.
Par la présence d’abord sur scène du saxophoniste Stefano di Battista que l’on revit en deuxième partie et qui joua avec fougue sur quelques thèmes en compagnie du trompettiste.
Il fut suivi sur scène, le temps d’un seul morceau par une vingtaine des très jeunes élèves de l’Orchestre à l’école » d’Annecy-Seynod : une manière de transmission.
Puis enfin en final accompagné par la magnifique voix du chanteur égyptien Abdullah Miniawy qui avec un phrasé de muezzin maria avec de belles couleurs sa voix avec la trompette, couronnant un concert d’une telle richesse qu’il déborda du temps imparti et dû s’arrêter un peu brutalement. Bref, un concert unique dans tous les sens du terme qui à nul douterestera gravé dans la mémoire des festivaliers présents.
Stefano di Battista en showman
Il est rare que dans le monde du Jazz, les musiciens virtuoses se révèlent aussi des bêtes de scène, bref, de vrais showmen.
C’est cette facette que révéla le saxophoniste italien Stefano di Battista en ouverture du Festival lorsqu’il se propulsa sur scène en compagnie de son quartet en 2ème partie de concert.
A son image un quintet de virtuoses mêlait un vieux routier du jazz, prêt à toutes les aventures comme André Ceccarelli avec l’éblouissant jeune trompettiste sicilien Matteo Cutello frais émoulu de la célèbre école Jazz américaine, Berklee de Boston qui montra toute l’étendue de sa virtuosité.
Une telle équipe de pouvait que produire des étincelles autour cette fois, de la musique populaire italienne arrangée, retravaillée, version pesto transalpin et reprise parfois par le public : de « Volare » à des thèmes d’Ennio Morricone comme « Le Bon, la Brute ou le Truand » ou la musique du film de Roberto Begnini, « La vie est belle », voire « Caruso » et à l’avenant.
Des morceaux entrecoupés de longues présentations, le tout accompagné aussi d’anecdotes croustillantes racontée avec un humour pince sans rire.
Bref, en showman accompli non seulement Stephano di Battista fit beaucoup rire le public, mais a su aussi l’attendrir en jouant un morceau qu’avait spécialement écrit Ennio Morricone pour lui, annonçant qu’il était intitulé Flora, prénom de sa fille et que nous seulement, celle-ci était présente sur les gradins et qu’elle avait précisément 18 ans, ce jour là, le public entonnant bien évidemment un « Happy Birthday », tandis que le père et la fille s’étreignaient sur scène. Du grand art de mise en scène, rare, en Jazz !
Et en final, le trompettiste italien termina son show en déambulant sur les gradins comme un pop star, lançant en final de grands grazie mille, tandis que le public allumait des centaines de portables…
