Jazz In Lyon

Opéra Underground: le Jazz, version grand large!

Il y a des fins de mois où l’on sent que quelque chose circule. À l’Amphi et à l’Opéra de Lyon, entre la fin janvier et le début février, le jazz s’invite non comme un genre, mais comme une manière d’habiter le monde, d’y faire résonner la mémoire, l’écoute et le désir d’ailleurs.

Les 27 et 28 janvier, le trio Courtois / Erdmann / Fincker retrouve Louis Sclavis. On ne parle pas ici de retrouvailles spectaculaires, mais d’une évidence tranquille. D’un art rare : celui de la conversation musicale. Le violoncelle, les saxophones, les clarinettes se frôlent, s’observent, se répondent. Lines for Lions dessine un jazz de chambre souple, lumineux, nourri de fidélités anciennes et d’une attention constante aux timbres. Une musique qui ne force jamais le trait, mais qui laisse longtemps des traces.

Le 30 janvier, autre climat, autre feu. Avec Vishap, Victoria Alexanyan convoque les chants arméniens, le jazz modal et l’improvisation pour faire surgir une figure mythique, le dragon,  et, à travers lui, une parole profondément contemporaine. Sa voix, rejointe par celle de Leïla Martial, ne raconte pas seulement une histoire : elle l’incarne. On y entend la colère transformée en poésie, la mémoire devenue chant, la révolte portée avec une étonnante douceur. Une musique qui serpente, indomptable, et qui s’adresse autant au corps qu’à l’esprit.

Puis vient le 3 février, sur la grande scène de l’Opéra. Anne Paceo y déploie Atlantis, comme on ouvrirait un journal de bord intérieur. Jazz, pop, électro s’y mêlent sans hiérarchie, portés par la pulsation de la batterie et par les voix, la sienne, celle de Laura Cahen, et celles qui traversent ses chansons comme des courants. Il y est question de transe et d’introspection, de spiritualité sans dogme, de beauté fragile. Une île musicale, oui, mais une île traversée de remous, où l’on accepte de se perdre un peu.

Trois soirées, donc. Trois manières très différentes de dire la même chose : que le jazz est moins une forme qu’un mouvement, une attention, une façon de rester poreux au monde. Et que parfois, il suffit d’une salle, de quelques souffles et de voix pour se sentir légèrement déplacé, au bon endroit.

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