Le festival aborde sa dernière ligne droite avec cinq projets d’actualité : tour à tour, Camille Heim, Lisa Murcia, Ariane Racicot, Marion Rampal et Sophie Alour se succédent cette semaine à Donzère et autour pour confirmer la vitalité du jazz actuel
Camille Heim en quintet du haut de La Garde-Adhémar
De quoi surprendre ou intriguer ? Camille Heim qui débute les concerts de Parfum de Jazz en Tricastin a composé à sa façon un quintet peu ordinaire : harpe, flûte et accordéon d’un côté, trombone et batterie de l’autre. Au final, rien de plus élaboré puisqu’il s’agit d’aborder un répertoire plongeant dans un patrimoine musical aux horizons démesurés. Ajouter à cela le cadre sympathique de La Garde-Adhémar, sorte de phare séduisant dominant une plaine mise à mal. Autant de facteurs à même de faire résonner cette musique prise comme un tout et restituée comme telle. Aux côtés de la harpiste, on retrouve Jessica Simon (trombone), Lucie Jahier (flûte) Cédric Pierini (accordéon diatonique) et Léo Danais (drums).
Lisa Murcia Quintet à l’attaque du Nana project
Avant de s’installer à Donzère pour les trois derniers concerts de cette édition, Parfum de Jazz n’aura pas résisté à commettre un détour de plus : c’est à Saint-Restitut qu’il reçoit Lisa Murcia en quintet pour donner vie et son à ce Nana project. Ce Nana project a déjà eu le temps de convaincre : un ersatz de be-bop qui viendrait chatouiller des instruments à cordes, lesquels le prendraient au mot. On en déduit : énergie, swing musclé pour s’aventurer en terre inconnue et remettre en question toute approche trop convenue. Est-ce tout ? Et non. Cordes et rythmique ont l’art d’inventer des pas de deux touchants et délicats qui prennent alors une belle résonance et une étrange signification. Aux commandes donc de ce « projet » Lisa Murcia (violon), en compagnie de Simon Lannoy (violoncelle), Matthieu Truffinet (piano), Ewen Grall (drums) et Léna Aubert (cb).
Ariane Racicot trio : Danse avec le feu en live
C’est l’un des concerts les plus attendus de cette semaine : Ariane Racicot arrive de Montréal pour quelques rares concerts dont celui donné jeudi à Donzère. Sa réputation a précédé l’évènement : la pianiste et compositrice impose d’emblée une façon de revisiter et de fondre des musiques éloignées et peu faciles à dissoudre dans un même ensemble. La jeune pianiste brûle les étapes : elle a signé l’un dernier son deuxième album, Danse avec le feu, qui devrait être au coeur des débats jeudi soir, escortée de Guillaume Picard (dr) et d’Antoine Rochefort (basse).
Marion Rampal : les raisons d’un hommage à Abbey Lincoln
Doit-on rappeler la venue de Marion Rampal lors d’un précédent Parfum de Jazz ? Accompagnée d’Archie Shepp, elle avait conclu l’édition le temps d’un joli concert donné à Saint-Paul-Trois Châteaux. Cette fois, l’artiste présente son dernier projet, Song for Abbey, largement plébiscité depuis sa sortie : cet hommage à Abbey Lincoln, chanteuse américaine disparue il y a 16 ans, célèbre pour ses interprétations, sa voix, son influence sur la scène jazz de l’époque et ses engagements politiques et sociaux. Le film projeté à Buis-les-Baronnies la semaine passée dans le cadre du festival (Soundtrack to a Coup d’Etat), a d’ailleurs rappelé opportunément comment elle et plusieurs de ses amis (dont Max Roach) avaient crié leur colère en 1961 au Conseil de Sécurité de l’ONU à la suite de l’assassinat de Patrice Lumumba, Premier ministre du Congo, nouvellement indépendant. Marion Rampal reprend donc ici plusieurs compositions d’Abbey Lincoln figurant dans Song for Abbey en compagnie de musiciens qui ne sont surtout pas des inconnus : Raphaël Chassin, batterie, Simon Tailleu, contrebasse, Matthis Pascaud, guitare, et Mark Priore, piano.
Sophie Alour en sextet pour nous initier à ses Nouveaux Mondes
Ce sera le dernier concert de cette édition de Parfum de Jazz mais, à dire vrai, Sophie Alour est ici un peu chez elle : elle a en effet souvent arpenté les différentes scènes du festival drômois, au sein de multiples formations. Ici avec le Dal Sasso Big Band, dont elle est l’un des piliers, là avec Rhoda Scott, ou, comme l’an dernier avec Lisa Cat-Berro, au sein de Solaxis, quintet féminin réunissant quelques-unes des saxophonistes les plus en vue de la scène actuelle.
Cette fois, la saxophoniste présente à Parfum de Jazz son propre (nouveau) groupe, ce sextet avec lequel elle a enregistré Nouveaux Mondes, son dernier CD. Et c’est bien Nouveaux Mondes, dont la sortie est prévue le 17 novembre, qui sera samedi au menu de Donzère en compagnie des cinq musiciens en question, et pas des moindres : Guillaume Latil au violoncelle, Ananda Brandao (drums et chant), Tony Paeleman (claviers), Pierre Perchaud (guitares) et Pierre Tereygeol, (guitare électrique), échappé ici de ses propres projets (l’album Always Near).
On notera que la saxophoniste se détourne de la formation resserrée en oeuvre dans Le Temps Virtuose, album conçu sous l’emprise du confinement, pour réunir ce sextet d’envergure à même de donner corps à ces Nouveaux Mondes.