Jazz In Lyon

Pas banal : Cecil L. Recchia chante Django Reinhardt 

Pas banal : « Django », le quatrième album de la chanteuse revisite d’une façon toute personnelle la musique du célèbre guitariste, en mettant ses propres mots sur les notes et en remplaçant les guitares et autre violon par un quartet où trompette, piano, contrebasse et drums montrent la voie

Sans surprise, le Bal Blomet, à Paris 15ème, est complet. Pour accueillir comme il se doit « Django » de Cecil L. Recchia, sorti fin janvier mais présenté ce soir-là pour une (presque) première fois  très symbolique. D’abord parce que ce 4ème album boucle dix ans de concerts, d’enregistrements et de montée en puissance d’une   chanteuse qui ne cesse d’explorer et de se confronter à tout ce que le jazz, mais pas seulement, n’a cessé d’enfanter. Comme une quête personnelle qui se révèle peu à peu, album après album comme les pièces d’un tout d’une étonnante cohérence. 

Mais, à la différence de Songs of the Tree, de The Gumbo ou de Play Blue, qui l’ont précédé, ce Django est d’une autre « trempe ». Certes, il s’agit de s’attaquer et de rendre hommage à Django Reinhardt, 91 ans ans après la sortie de quelque-uns de ses albums légendaires au sein du Quintette du Hot Club de France. Dont les sessions de 1935 à 1939, rassemblées dans « Swing in Paris ». 

Aux arrangement, le batteur Devil Grebil 

Mais là où tout se complique ou se retrouve remis sur la table c’est que Cecil L. Recchia ne se contente pas de reprendre tel ou tel thème du large répertoire du guitariste et de ses formations. Pour elle, il s’agit plutôt, de revisiter l’oeuvre de Django d’une façon toute personnelle, conjuguant à la fois fidélité et approche inédite et décapante. Là où Django avait réussi une fusion d’un jazz manouche et de bien d’autres musiques en tablant avant tout sur les cordes (celles de sa guitare, de celles de ses comparses, du violon de Stéphane Grappelli et de la basse), Cecil L. Recchia élabore un tout autre quintet fait de trompette, de drums, de contrebasse et de piano. Et surtout, elle s’attelle à mettre ses propres paroles sur des thèmes instrumentaux et à les chanter elle-même. 

D’où quelques 14 morceaux hérités de Django, thèmes célèbres (Minor Swing, Manoir de mes Rêves) ou, plus en retrait, (Mabel, Féérie), transposés façon Recchia dans une palette où le manouche se fond dans des teintes où l’on s’amusera à repérer ici du new-orleans, là du classique (berceau de la chanteuse) et plus loin du hard-bop. A charge pour Devil Grebil, le batteur, de mettre au point les arrangements ad hoc.

Autour de Cecil, un quartet de fidèles 

Et d’où ce concert, retardé de quelques mois. Autour de Cecil R. Recchia, son petit monde, ce quartet de fidèles constitué depuis des années : Malo Mazurié à la trompette, Raphaël Devel à la contrebasse, David Grebil aux drums. Seul changement : Noël Huchard au piano a laissé ce soir-là la place à Levi Harvey qui s’en donne à coeur joie.

C’est le propre du concert et du « live » de faire vivre autrement les musiques : à ce petit jeu la chanteuse excelle à briser la glace, à expliquer ses élans, ses doutes, ses inquiétudes (lorsque sa voix lui a fait défaut il y a quelques mois) et surtout son plaisir à être sur scène. Seul bémol peut-être, férue de langue et de culture anglo-américaine qu’elle a étudiées à l’université, elle a fait le choix d’un Django entièrement chanté en anglais. Les morceaux y gagnent en musicalité mais ses textes recèlent une poésie bien à elle qui peut échapper à des oreilles profanes.

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