Jazz In Lyon

Programmateur de Jazz à Vienne depuis… 1980, Jean-Pierre Vignola n’est plus : « les musiciens français sont orphelins »

Une importante et incontournable  figure de Jazz à Vienne  et du monde du Jazz français tout court, vient de disparaître : le programmateur Jean-Pierre Vignola qui était présent dès les débuts (informels) du festival en 1980 au côté de son créateur, Jean-Paul Boutellier.

Il vient de décéder à l’âge de 77 ans.

Tout au long de sa carrière, Jean-Pierre Vignola  ce programmateur de Jazz à Vienne a toujours été  un formidable passeur au cœur du monde du jazz, favorisant le développement d’une musique dont il avait fait toute sa vie.

Après être entré dans la maison de disques Black & Blue, puis travaillé à la Grande Parade Jazz de Nice, il était devenu « tour manager » auprès de grands noms du jazz tout en continuant à cultiver une passion pour le blues. 

« C’est une musique que j’ai découverte grâce à un 25 cm de Charlie Parker, avec John Lewis au piano. Je me souviens d’un morceau que j’aimais particulièrement, « Parker’s Mood ». Puis, le deuxième album que j’ai écouté a fini de me convaincre. C’était un disque de Ben Webster et Coleman Hawkins, « Blues for Yolande ». 

« Je me suis dit qu’il fallait que j’approfondisse un peu ! »,  se remémorait en 2015 Jean-Pierre Vignola auprès de  notre confrère Jean-Luc Coppi.

« Je portais les valoches »

Sa carrière  s’est d’abord muée en tournées avec Lionel Hampton et son big band, Muddy Waters, John Lee Hooker, BB King, et bien d’autres.… 

« Je faisais la sono, je portais les valoches, je vendais les disques à l’entracte. Je faisais tout ! », racontait-il alors.

Grâce au réseau qu’il avait forgé pendant cette période de sa vie , avec Jean-Paul Boutellier, ensemble, ils programment en 1980 une « Nuit du Blues » mémorable à Vienne, rassemblant les plus gros noms du Blues : Muddy Waters, BB King et Fats Domino qui connaîtra un énorme succès.

C’est cette première expérience restée dans les annales que dès l’année suivante, en 1981 qui  naissait Jazz à Vienne au théâtre antique.

Pendant 46 ans et malgré  quelques rares éclipses, il a toujours accompagné Festival  des bords du Rhône comme programmateur.

« Un grand manque »

« Il était toujours à côté de nous, comme un père, un ami fidèle et un excellent conseiller. Sa voix rassurante nous confortait », se remémore avec émotion Guillaume Anger, actuel directeur artistique du Festival pour qui « cette disparition va provoquer un grand manque. Il était extrêmement apprécié de l’équipe de Jazz à Vienne. C’était un vrai bonheur de travailler avec lui. »

Il ajoute : « outre le fait que c’était un grand connaisseur du jazz et qu’il avait un immense réseau et  qu’il connaissait les plus grands noms, c’était un homme d’une grande richesse humaine, toujours positif, bienveillant. »

« C’était un phénomène »

Son ami de plus cinquante ans, Jean-Paul Boutellier, le créateur de Jazz à Vienne l’a rencontré lorsqu’il travaillait pour les disques Black and Blue dont Jean-Pierre Vignola fut l’un des associés.

Très affecté, Jean-Paul Boutellier, explique : « c’était un ami de longue date, c’était mon pote ! Puis assure-t-il : « suite à cette disparition, les musiciens français sont orphelins ». 

C’est sans doute lui qui le connaît le mieux : « Jean-Pierre, c’était un phénomène. Il avait non seulement un amour démesuré pour la musique de Jazz à laquelle il a consacré sa vie, mais il avait aussi un amour des musiciens dont il s’occupait comme personne, avec une générosité totale. Il savait transmettre de bonnes ondes à tout le monde. Quand il arrivait à Vienne, tout le monde était ravi, on savait qu’il allait irradier de bonne humeur. »

Bientôt un hommage

Un hommage lui sera rendu prochainement « sous forme musicale et joyeuse.  C’est ce qu’aurait aimé Jean-Pierre qui était bon vivant et pas du genre mélancolique ! », conclut Jean-Paul Boutellier.

Photo : en juin 2023, les cinq créateurs de Jazz à Vienne immortalisés lors d’une cérémonie hommage dans les Jardins du Jazz. A gauche : Jean-Pierre Vignola, au côté de Jean-Paul Boutellier.

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