Vu l’événement et le monument qu’est Monty Alexander, l’opéra de Saint-Etienne n’était pas totalement garni jeudi 8 octobre. Il n’empêche, le public présent à l’invitation du RhinoFestival a fait comme il se doit un triomphe au pianiste jamaïcain qui n’a pas boudé son plaisir et celui des spectateurs, en se réinstallant derrière son piano à chaque rappel… En 1ère partie, c’est le piano solo du Brésilien Amaro Freitas qui s’était imposé dans un registre totalement différent…
Près de 2 h 30 de concert. Le RhinoFestival proposait le jeudi 8 octobre sous l’intitulé de Jazz Masters deux pianistes solidement installés dans la galaxie Jazz : le Brésilien Amaro Freitas en solo, d’abord ; puis le Jamaïcain Monty Alexander en trio.
C’est ce dernier que le public était surtout venu écouter, se souvenant peut-être pour certains de son délicieux passage à Jazz à Vienne le 1er juillet 2025.
Une autre raison peut-être à la présence du public, son actualité discographique.
Monty Alexander arrivait en effet de Paris où deux jours auparavant, le 6 octobre, il avait sorti « A Jamarican in Paris », son nouvel album dans lequel il avait rajouté à son trio les percussions de Bobby Thomas Jr, son complice de toujours.
Mais c’était en trio qu’il se produisait ce soir là sur la scène de l’opéra de Saint-Etienne, en compagnie de Jason Brown Brown à la batterie, comme sur le disque, mais cette fois avec Lorin Cohen à la contrebasse et sans percussionniste.
Exit donc « A Jamarican in Paris », ce sera pour un prochain concert.
Au programme donc ce soir là, tout aussi délectable, à sa manière d’être toujours là où on ne l’attend pas : certaines de ses compositions et des standards qu’il transfigure et emporte dans un grand flux de swing, à l’instar de « D’ont stop the carnival », le tube d’Harry Belafonte ; une reprise de « Un été 42 » de Michel Legrand, voire l’inaltérable « No woman, no cry », le thème le plus célèbre de Bob Marley, issu de sa Jamaïque natale, etc.
Une matière sonore qu’avec ses deux complices totalement en phase avec un Jason Brown à la batterie tout en nuance et délicatesse et un Lorin Cohen très créatif, Monty Alexander a pu dérouler, bien installé sur les rails de la rythmique, de magnifiques mélodies sous-tendues par un swing qui emporte. tout sur son passage Le tout avec une grande élégance, signature de ce maître du piano jazz
Le bonheur avec Monty Alexander est qu’il nous surprend encore, à 82 ans, et nous emmener là où ne l’attend pas… Bref, il est inaltérable…
Le public a exprimé son affection par trois rappels, Monty Alexander s’installant à chaque fois à nouveau derrière son piano.
Amaro Freitas : de l’Amazonie au new age
En 1ère partie c’est un tout autre registre qui attendait le public, le pianiste brésilien Amaro Freitas, originaire de Recife, large pantalon noir avec une chemise blanche arborant deux oiseaux multicolores, qui jouait en solo.
Et cette fois, il présentait bien son tout dernier opus en solo intitulé « Y’Y » qui entend décrire musicalement son pays natal.
Là, pas de jazz populaire et joyeux à la Monty Alexander, mais là encore un pianiste surdoué et hyper-créatif, mais qui a tendance à partir dans tous les sens, jusqu’à proposer parfois une musique aux accents new age, quelque peu déstabilisants.
Mais proposant aussi de très jolis moments dont ceux où il illustre l’Amazonie.
Démultipliant son piano, en utilisant des sifflets d’Amazonie, en enfilant t les cascades d’arpèges comme autant de chutes d’eau, et quelques ajouts électroniques, on entend vraiment vibrer musicalement la plus grande forêt du monde, l’eau qui sourd et le chant des oiseaux.
Il nous emporte dans un monde où la nature est reine et où tout est harmonie.
Bref, on l’aura compris, au final, un concert rare illustrant deux atmosphères fort différentes du piano Jazz, mais complémentaires et se répondant l’un l’autre…
