Il était l’un des derniers piliers de cette scène jazz américaine qui aura tout embarqué avec elle au détour des années 50. Pourtant, le saxophoniste n’aura cessé jusqu’à son retrait, de suivre son propre chemin, original, fait de ruptures, de retours et de quasi-renaissance(s)
Sonny Rollins, né en septembre 1930, est décédé lundi 25 mai à l’âge de 95 ans. L’hommage est unanime, bien au -delà du monde du jazz, des Etats-Unis et de New York, véritable patrie de ce saxophoniste.
A cela, mille raisons dont la plus évidente : Sonny Rollins aura été durant plus de 60 ans l’un des piliers les plus intransigeants de cette monumentale scène jazz née au milieu du siècle précédent et dont il était l’un des derniers grands représentants. Ce n’est d’ailleurs pas le moindre paradoxe de se retrouver à l’associer de nouveau, ces jours-ci, à Miles Davis, disparu en 1991, mais qu’il avait rejoint dès 1951, peu de temps après avoir démarré. Comme pour mieux marquer la fin d’une épopée musicale unanimement reconnue.
Au fil des ans, des concerts, des apparitions ou des disparitions, la vie de Sonny Rollins nous est devenue familière, retenant avant tout l’attention par cette musique exigeante : le son, plein, rauque, comme un appel, une déclamation, une révolte. Une façon de s’affranchir des codes, de les renouveler, qu’il s’agisse de la formation invitée à ses côtés, de la longueur des solos, et de cette façon unique d’en appeler au public, le premier concerné. Ne s’interdisant rien, d’un concert-fleuve à de volontaires mises en retrait qui pouvaient déconcerter, à des écarts petits ou grands vers des musiques autres qui pouvaient avoir leur mot à dire et nourrir ce qui semble avoir été une quête inlassable.
Une ascension constante au sein de cette armada musicale
Une carrière rapide ? Bien sûr. Une ascension constante au sein de cette armada musicale où il s’était vite fait sa place : de sa biographie, on retiendra qu’il aura immédiatement été adoubé par tous ceux qui auront animé cette scène jazz de la deuxième moitié du 20ème siècle. De Clifford Brown, trop vite disparu, dès 1955, à tous ces noms restés incontournables, de Coleman Hawkins, qui aura tant marqué son inspiration, de Parker bien sûr, à tous ceux qu’il va côtoyer, dont Monk, Coltrane, Roy Haynes….et tous ceux qu’il emmènera avec lui. Autant dire presque tous.
Ajouter à cela un personnage à la hauteur de sa légende. Donnant un sens profond à sa musique, au point parfois de s’en extirper, et ce dès les années 50. Histoire de retrouver un élan qu’il sentait peut-être s’émousser.
Ici, retenons une date : c’était le lundi 11 juillet 2011 à Jazz à Vienne. Avant que le saxophoniste ne monte sur scène pour un concert joué à guichets fermés le temps d’une soirée totale, Jean-Paul Boutellier, s’était approché du public pour annoncer un « concert historique ». Ce fut le cas : le dernier de Sonny Rollins ici dans ce théâtre antique qui l’avait accueilli maintes fois.
C’est pourquoi, outre l’écoute de quelques-uns de ses disques cultes, qu’il s’agisse de The Freedom Suite, du Bridge ou du Saxophone Colossus, on ira retrouver dans les archives de Radio France les 10 émissions que Sonny Rollins avaient enregistrées avec Alex Dutilh et qui avaient été diffusées en décembre 2013 : « Sonny Rollins, l’ivresse de la solitude ». Démarrant avec « Le Kid de Harlem (1949-1954) pour en arriver à « Sur la Route (2000-2013) ». Plus que les passages musicaux, il s’agit là de comprendre ce qui aura fécondé cette musique où l’énergie allait de pair avec un engagement profond pour des causes multiples, guidée par une curiosité sans faille pour tout ce qui l’entourait.
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