Jazz In Lyon

 Sowi Ingwa » – le dernier album de Tatanka Quartet – Emmanuelle Legros. « Un très bel album, élégant, sensible, coloré, au croisement d’un jazz inventif, singulier, de la musique du Moyen-âge et des musiques traditionnelles d’Arménie.

« Sowi Ingwa » – le dernier album de Tatanka Quartet – Emmanuelle Legros.

Tatanka a été fondée en 2017 par la trompettiste Emmanuelle Legros en 2017 qui signe l’ensemble des compositions : on la retrouve également au bugle, au toy piano, ainsi qu’aux voix. Originaire de Lyon, elle possède une solide formation musicale : Conservatoire de Lyon, de Chambéry, ENM Villeurbanne et obtient un DEM en Jazz – trompette et arrangements. Le trio de base est constitué de Guillaume Lavergne au piano, Fender Rhodes, voix et Guillaume Bertrand à la batterie, percussions, voix. Pour ce nouvel album, le trio a intégré avec bonheur Carole Marque-B. Kaftandjian au duduk, saz, clarinette turque et voix.

Depuis que j’ai reçu cet album, j’avoue qu’il passe en boucle sur ma platine. Cet album raconte des histoires dont on ne se lasse pas de re-découvrir tant les compositions sont intelligentes, bien construites et doté de surprises dans les sonorités, les ambiances, les énergies.

Cet album commence avec un ensemble de cinq titres : « la suite des Kachinas – Kachinas qui font partie de la culture des peuples autochtones d’Amérique du Nord.

Tawa (le soleil) ouvre l’album. Le ton est donné. Les voix, cinq coups de gong, et ça démarre. La fluidité de la mélodie et le dialogue du piano de la trompette d’Emmanuelle Legros : son précis, sensuel, nous plonge directement dans un univers tranquille, incertain mais transpirant d’une paix intérieure. Arrive la batterie, flambante, mélodique, qui sera incontournable sur l’ensemble de l’album. Puis une lente tension, alimentée par l’ensemble du band, reprise du thème et fin.

Sowi Ingwa (le cerf), plus intime : le duduk qui nous souffle directement au confin de l’Anatolie, piano dans une cadence apaisée, et trompette : autre souffle, tenu, tout doux jusqu’au silence.

Mongwu (la chouette), de nouveau la voix, un autre segment rythmique au piano, une chanson en duo, et l’introduction du toy-piano : croisement de la musique répétitive et d’un chant traditionnel. Mais l’intensité revient, avec l’intensité de la batterie.

Hemis (l’aigle). De nouveau le calme. Duo de clarinette turque et trompette pour l’ouverture. Des couleurs de territoires vus du ciel. Improvisation au Rhodes par Guillaume Lavergne soutenue sur par Guillaume Bertrand.

Kwahu (la pluie). La pluie qui se déverse, intensité contenue, mélodie courte, et toujours une forte présence rythmique, trompette bouchée et de nouveau relance avec le toy-piano. Puis l’orage prend de l’ampleur, puis fin.

Après ce pentatyque musical, Blanc Cosmos « dédié aux personnes qui nous sont chères et qui ont rejoint les étoiles ». Construit sur une base d’accords asymétriques réalisée au piano. Puis la clarinette et le bugle viennent poser subtilement la mélodie et leurs improvisations.

O Virgo Splendens est le titre le plus mystérieux le plus intriguant, pour moi le plus réussi malgré sa courte durée. Sax, trompette, dans une respiration et recueillement commun. Absolument magnifique (probablement enregistré dans un environnement naturel type église, chapelle ?).

« Ce canon est tiré du célèbre recueil du Livre Vermeil de Monserrat, manuscrit de 1399 qui a échappé à de grands incendies puis au saccage du monastère de Monserrat par les troupes napoléoniennes. Le monastère de Monserrat était au Moyen-Âge un haut lieu de pèlerinage. Ainsi les chants de ce recueil permettaient de faire cohabiter les moines et les paroissiens avec les pèlerins, qui arrivaient par grappes, et qui avaient envie de festoyer. »

Jour de neige, le dernier titre de l’album, invite encore plus que sur l’ensemble de l’album (hors O Virgo Splendens) à un moment de contemplation. Retour à une certaine forme de musique répétitive et à une mélodie étirée, ethérée, le regard d’un paysage enneigé au travers les vitres du chalet de l’enfance.

Comme vous l’avez compris, je suis fortement impressionné la poésie de cet album. Les musiciens sont à leurs bonnes places et contribuent amplement à la réussite de « Sowi Ingwa ».  Guillaume Lavergne , subtil, équilibré, Guillaume Bertrand généreux, toujours mesuré dans sa puissance, Carole Marque-B. Kaftandjian qui ouvre le champ sonore par ses instruments et par sa sensibilité.

Emmanuelle Legros, tant au niveau instrumental que par la maturité de ses compositions nous offre 45 mn d’une approche singulière de son monde musical empreint de spiritualité.

Je ne saurai vous conseiller d’aller voir Tatanka en concert.

Prochains concerts : le 20 novembre au Croco bleu à Carcassonne, le 22 novembre à Tournus.

Discographie : « BaÏkal » (2018) « Forêts » (2022) « Sowi Ingwa » (2026)

« Sowi Ingwa » enregistrement (janvier 2026) Studio des Tontons Flingueurs, Label « la Bisonne », distribution « L’autre distribution ».

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