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Yilian Cañizares aux Nuits de Fourvière: « L’écoute est un acte d’amour »

À l’occasion de sa venue à la Nuit cubaine des Nuits de Fourvière, le samedi 11 juillet, la violoniste, chanteuse et compositrice Yilian Cañizares s’est confiée sur ce qui nourrit sa musique : ses racines cubaines, la force des lieux, la liberté de l’improvisation et la nécessité de l’écoute. À quelques heures de fouler pour la première fois la scène du Théâtre antique, l’artiste évoque avec une émotion communicative l’énergie singulière de ce lieu chargé d’histoire, son attachement viscéral à Cuba et sa conviction que le jazz porte, bien au-delà de la musique, un véritable message de dialogue et d’humanité. Entre feu du violon et fluidité de la voix, spiritualité, silence et instant présent, elle dessine le portrait d’une artiste pour qui chaque concert est une rencontre unique, où l’amour, la résilience et le partage comptent autant que les notes elles-mêmes.

Vous allez jouer pour la première fois au Théâtre antique de Fourvière. Que représente ce lieu pour vous ?

C’est la première fois que je vais jouer au Théâtre antique de Fourvière. Je suis très sensible à l’énergie que dégage un lieu. J’adore les endroits chargés d’histoire et je pense que cela va être un moment incroyable.

Les lieux ont une charge énergétique indéniable. Je ne vais pas jouer les mêmes choses si je me trouve dans un club de jazz ou dans un théâtre antique : ce n’est pas le même ressenti. J’essaie toujours de capter ce qu’il y a autour de moi, de saisir l’énergie du public et de la transmettre dans mon jeu.

Cette Nuit cubaine réunit trois générations d’artistes. Que représente pour vous cette diversité ?

C’est vrai que Cuba reste souvent enfermée dans des clichés. Je suis heureuse de pouvoir montrer que la musique cubaine est plurielle, diverse, et aussi de mettre en lumière son versant féminin, dans un univers qui a parfois été très « testostéroné ».

Cette soirée réunit des artistes exceptionnels qui incarnent trois générations et trois façons différentes de s’emparer de la musique cubaine. C’est très inspirant pour moi d’être à leurs côtés, avec ma propre sensibilité de femme.

Que représente Cuba dans votre parcours artistique ?

C’est beaucoup plus qu’une simple source d’inspiration. Cuba, ce sont mes racines. C’est l’air que je respire. C’est toute la base de mon être, sur le plan spirituel comme musical.

Malgré les difficultés que traverse aujourd’hui le pays, je suis infiniment reconnaissante d’avoir reçu un tel héritage. Si je devais choisir à nouveau un pays où naître, ce serait encore Cuba, tant son patrimoine spirituel, culturel et historique est exceptionnel. Je suis très fière de porter cela avec moi partout où je vais.

Vous êtes à la fois violoniste et chanteuse. Comment ces deux langages dialoguent-ils ?

Ce sont deux moyens très différents de m’exprimer.

Le violon m’a demandé de nombreuses années d’études. C’est un instrument extrêmement exigeant, issu de la tradition classique, que j’aime emmener vers d’autres territoires.

La voix, au contraire, est beaucoup plus intuitive.

Si je devais les comparer à des éléments, le violon serait le feu et la voix serait l’eau. Comme le yin et le yang, ils dialoguent en permanence à l’intérieur de ma musique.

Vous parlez souvent de liberté. Que signifie-t-elle pour vous dans le jazz ?

La liberté, c’est ne pas rester enfermée dans sa propre zone de confort. C’est aller à la rencontre de l’autre.

Le jazz est une musique de dialogue. Il est le résultat d’un consensus entre plusieurs personnes, et je trouve que, dans le monde d’aujourd’hui, il porte un message extrêmement fort.

Pour improviser, on est obligé d’écouter l’autre. Il n’y a pas de partition écrite à l’avance : tout se construit ensemble. Si nous appliquions ce principe à la politique ou, plus simplement, à notre vie quotidienne, le monde s’en porterait certainement mieux.

Notre humanité est notre patrimoine commun. Les différences existent, mais elles ne sont pas le problème. La vraie question est de savoir comment rencontrer l’autre, comment jouer avec lui, comment danser avec lui. C’est cela que je trouve profondément beau.

L’écoute est un acte d’amour. Cela signifie que l’on est réellement ouvert à ce que l’autre a à nous dire.

Qu’est-ce que représente le concert pour vous ?

C’est un espace où l’on peut exprimer ce que l’on est véritablement à l’instant présent.

Il n’existe pas deux concerts identiques. Ce que je ressens aujourd’hui n’est déjà plus ce que je ressentais hier, et ce soir, au moment du concert, ce sera encore différent.

Respecter cette vérité du moment présent est essentiel pour moi.

Vous partagez cette soirée avec Eliades Ochoa et Los Van Van. Que représentent-ils dans votre histoire ?

J’ai grandi avec leur musique.

Eliades Ochoa est une véritable légende de la musique cubaine. Le voir aujourd’hui, avec cette énergie, cet amour de la musique et cette générosité, est une véritable leçon de vie.

Quant à Los Van Van, c’est tout simplement incroyable. À Cuba, on les surnomme « el tren de Cuba », le train de Cuba. Ils ont fait danser ma mère, ils m’ont fait danser, et ils continuent aujourd’hui de faire danser les nouvelles générations.

Y a-t-il des artistes avec lesquels vous rêveriez de collaborer ?

Je n’ai encore jamais eu l’occasion de jouer avec Eliades Ochoa, ce serait un immense plaisir.

Par ailleurs, il y a deux artistes que j’admire énormément. Elles ne sont pas cubaines, mais possèdent un talent extraordinaire : Anoushka Shankar, que j’adore, et Sonia Jobarteh, magnifique joueuse de kora originaire de Gambie. J’aimerais beaucoup partager un projet musical avec elles.

Que souhaitez-vous transmettre au public ?

De l’espoir, de la résilience dans cette période compliquée, mais aussi de la joie et énormément d’amour.

Qu’écoutez-vous avant de monter sur scène ?

J’écoute énormément de musiques différentes.

Mais juste avant de monter sur scène, je recherche surtout le silence. J’essaie d’être totalement présente à ce que je vais vivre.

Bien sûr, des artistes comme Chucho Valdés, Omara Portuondo ou Ibrahim Ferrer m’accompagnent depuis très longtemps.

Le silence semble occuper une place importante dans votre vie…

Oui, le silence est essentiel.

C’est un peu comme lorsque l’on fait le ménage chez soi et que l’on se sent immédiatement mieux. Le silence est une forme d’hygiène intérieure. Il est indispensable à mon équilibre.

 

Interview réalisée par Paul Gonnet

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