Jazz In Lyon

Youn Sun Nah à l’Auditorium de Lyon : fragments perdus et richesse émotionnelle

Poncho rouge surmonté d’une crinière blonde et d’un sourire omniprésent, c’est une Youn Sun Nah physiquement inchangée qui est apparue  le mardi 7 avril sur la scène de l’Auditorium de Lyon.

Pourtant derrière cette apparence semblant défier le temps, c’est une nouvelle Youn Sun Nah qui est en fait apparue devant les 1 700 spectateurs  qui avaient pris place sur les sièges de l’Auditorium.

Les deux derniers concerts de la chanteuse coréenne auxquels nous avions pu assister  dans la région avaient chacun une tonalité  particulière  et intimiste. A Jazz à Vienne, en 2024, Youn Sun Nah était entourée de deux pianistes de renom : Eric Legnini et Tony Paeleman.

Un peu plus tard, le même été, à Pierrelatte dans le cadre de « Parfum de Jazz », elle était accompagnée d’un seul pianiste, Benjamin Moussay.

Elle avait alors présenté son dernier opus du moment, « Elles ».

Un Matthis Pascau très inspiré à la guitare

Cette fois à Lyon, elle se produisait avec sa toute nouvelle formation, plus rythmique composée  d’un Matthis Pascau, très inspiré à la guitare, de Raphaël Chassin, à la batterie et de Brad Christopher Jones à la contrebasse.

Un concert qui promettait donc d’être bien moins intimiste que les précédents et d’une plus grande variété de couleurs musicales.

C’est avec ces musiciens qu’elle a conçu son dernier et treizième opus : « Lost Pieces » encore tout frais dans les bacs, car sorti le 20 février dernier.

Mais aussi parce que, suivie par ses musiciens surfant sur la vague, la sage Youn Sun Nah du passé ne s’interdit désormais  plus rien, franchissant allègrement les octaves, faisant voisiner dans ses scats, des envolées vocales, façon opéra ,avec la voix éraillée, écorchée des chants traditionnels coréens.

La  très grande majorité des chansons de son tour de chant sur la scène de l’Auditorium était ainsi tirée de ce dernier opus, à commencer par  un des premiers morceaux ouvrant le concert,  « Shell of me ».

Dès les premières notes, l’ambiance était d’emblée posée avec  en ouverture la guitare saturée de Matthis Pascau, contrastant d’abord avec une voix douce, mais montant progressivement  et fortement en tension, comme une forme de catharsis offerte au public. 

Fragments perdus

Elle interpréta peu après « Lost Pieces », l’un des morceaux phares de l’album qui lui a donné son titre : sans nul doute, un des disques les plus émouvants, les plus aboutis de Youn Sun Nah.

Dans ces « fragments perdus », éparpillés, elle se livre à un exercice d’introspection, dans lequel elle tente de rassembler ce qui est épars en elle, ces petits morceaux d’elle-même,  illustrant grâce à de multiples nuances vocales, sa sensibilité à fleur de peau et mettant à nu sa vulnérabilité.

Une démarche encore plus prégnante encore dans un des morceaux suivants, « I can’t sleep » au rythme lent, illustrant avec profondeur, peine et mélancolie dans la voix de la chanteuse  accompagnée  de notes de guitares bluesy,  aptes à arracher des frissons.

On l’aura compris avec ce nouvel opus, on est à mille lieux de la K-Pop. Youn Sun Nah continue depuis 25 ans de carrière à tracer son sillon en exprimant, voire en accentuant encore sa  forte singularité dans le paysage du jazz actuel.

C’est ce parcours  d’une grande richesse émotionnelle qu’a voulu saluer le public en la rappelant à plusieurs reprises à l’issue du concert, comme s’il refusait de quitter le lien tissé pendant près de deux heures…

Les morceaux interprétés : In My Heart ; Shell of Me ; Where’ You Hide ? ; Lost Pieces ; We Never Were ; Run I Stay ; Lilac Wine ; The Wonder ; A Map of Pain ; Collapse ; I Can’t Sleep ; Hot Knife ; Lost Vegas ; Arirang Ballade (chanson traditionnelle coréenne) ; Just The Same.

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