Du 14 au 18 avril, pour sa troisième édition le festival de Jazz Récif a remis Lyon en vibration. À cheval entre Le Périscope, Le Marché Gare et Le Sucre, le festival a poursuivi son travail de sape : déplacer les lignes du jazz, le sortir de ses cadres, l’ouvrir à d’autres circulations. Ici, pas de chapelle mais des frictions fécondes, des formes hybrides, des esthétiques qui se répondent et se percutent. Depuis 18 ans, Le Périscope cultive cette exigence d’un jazz aventureux ; Récif en est l’extension la plus vivante.
Coup de zoom sur deux soirées représentatives de cet état d’esprit !

Pixvae — 15 avril, Le Marché Gare
Entre deux rives, il y a des ponts. Et puis il y a Pixvae. Le collectif lyonnais a creusé ce sillon avec » De lado a lado », leur dernier opus, un disque-frontière où les racines afro-colombiennes se sont frottées à une énergie électrique quasi noise. À la source, le currulao, matrice rythmique dense et circulaire, que le groupe a étiré, saturé, et mis sous tension.
Au Marché Gare, la théorie est devenue déflagration. Salle pleine à craquer, air épais, sueur immédiate : ça a joué serré, ça dansait compact. Pixvae ne ménageait rien. Les percussions pilonnaient, les cuivres vrillaient, les motifs tournaient jusqu’à l’hypnose avant de déraper dans des nappes abrasives. C’etait rugueux, organique, traversé de fulgurances. Sur scène, une générosité sans calcul ; dans la salle, une adhésion totale. Le concert a basculé vite du côté du rituel collectif , une transe partagée, physique, presque tellurique.

AMG — 18 avril, Le Périscope
Changement d’échelle avec AMG, pour une fin de parcours plus intérieure mais non moins intense. Dès l’entame, quelque chose d’ascensionnel affleure, une tension qui n’est pas sans rappeler certaines heures tardives de John Coltrane.
Le trio travaille la matière fine : silences habités, dynamiques mouvantes, lignes qui se cherchent et se dérobent. Aruán Ortiz fragmente le piano, Brad Jones fait respirer la contrebasse, Gerald Cleaver impulse des flux imprévisibles. La puissance est là, mais tenue, canalisée, presque souterraine. Une musique qui avance par déplacements subtils, par micro-événements, et qui capte l’écoute dans ses moindres interstices. Un moment de jazz quasi organique et résolument transe!

Un jazz en circulation
Deux soirs, deux intensités, deux façons de faire bouger le jazz : l’une dans la déflagration et le corps, l’autre dans la concentration et la profondeur. Récif confirme ce qu’il défend depuis ses débuts : un jazz qui ne se laisse pas assigner, qui circule, se transforme et se réinvente au présent.


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