Pas banal : avant de gagner le 8 octobre la scène de l’opéra de Saint-Etienne, le pianiste aura eu dans la capitale une journée plus que chargée. Le 6 octobre, sort son dernier disque, enregistré à Paris en quartet ; le soir même, il sera au New Morning – qui fête ses 45 ans- pour deux sets. Peu avant, il aura été reçu « officier de l’ordre des Arts et Lettres » pour l’ensemble de sa carrière
Monty Alexander est à Saint-Etienne le 8 octobre : sans aucun doute, l’un des grands rendez-vous du Rhino qui vient de démarrer. A cela de multiples raisons ; d’abord anecdotiques et symboliques. Deux jours avant, accueilli au New Morning (mazette : 45 ans déjà), Monty, aura eu une journée chargée ; outre les deux sets prévus ce soir-là dans cet écrin musical, notre fringant pianiste aura reçu la médaille d’officier de l’ordre des Arts et des Lettres « pour l’ensemble de sa carrière », 70 ans au bas mot, Monty étant né un jour particulièrement célèbre, le 6 juin 1944.
D’abord une inlassable inspiration pour un album chatoyant
Les autres raisons de ce détour obligé le 8 octobre à Saint-Etienne ont plutôt trait à son inlassable inspiration : après l’album D Day, sorti il y a deux ans, Monty Alexander sort ce même 6 octobre 2026, A Jamarican in Paris, son nouvel album, chatoyant, convainquant, et qui sera, on l’imagine, à l’ordre du jour ce soir-là.
Un disque pour lequel Monty Alexander rajoute à son trio les percussions de Bobby Thomas Jr, complice de toujours, histoire d’étirer et de scander un peu plus ses pleins et déliés. Pour le reste, Luke Sellick est à la contrebasse (*) et Jason Brown aux drums, deux alter ego, ces mêmes qui l’escortent en tournée. La proximité que l’on voit et ressent sur scène (ainsi au Charlie Jazz il y a deux ans) n’est que la face visible d’un petit édifice musical d’une rare solidité. L’imbrication est en effet totale, au figuré comme au ressenti. Il suffit de « déguster » Jason Brown au toucher si délicat, installé au dos du pianiste, parce qu’il s’agit ici de ne faire qu’un.
Tout est le bienvenu mais se plie à une liberté sans cesse aux aguets
Pour le reste, on n’a qu’à se laisser aller sur les multiples chemins de traverse que le pianiste aime emprunter. Parfois, lorsqu’il pose les mains sur le Steinway (de préférence), on craint la facilité, la redite ou la panne. Chaque fois alors, la question revient : comment l’homme du D Day parvient-il à surprendre, à déjouer le prévisible, à rajouter des mesures de mystère dans un jeu en apparence si décontracté ?
Quant à ce Jamarican in Paris, il suscite évidemment la curiosité : en 3 jours, nous dit-on, le trio augmenté a mis en boîte une douzaine de compositions, synthèse d’un parcours musical au long cours, tous océans confondus : du jazz à ces musiques des Caraibes mais aussi blues, country, reggae, folklore ou ritournelles ; j’en oublie. Tout est le bienvenu mais se plie à une liberté sans cesse aux aguets. D’où cette attention constante au jeu, inflexions des drums, recommandations de la contrebasse, symbiose total, échanges constants. C’est autant musical que scénique.
De Miles Davis à Bob Marley en passant par Ahmad Jamal et Sinatra
Donc, une douzaine de compositions allant de Miles Davis pour les starting block à Vincent Mahey, façon clin d’oeil, « et à son merveilleux studio d’enregistrement ». Tout y passe, tout y vient. Miles donc (So what ) , Bob Marley, Marvin Gaye (What’s going on), Ahmad Jamal bien sûr, son « héros absolu en matière de piano », doublé d’un ami personnel (Yellow Bird), et même Sinatra qui le découvre à Miami, débarqué de Jamaïque, et qui l’emmène en 1963 à New York. Il y a donc 63 ans.
Mais le problème, avec Monty, et ce qui invite à ne pas louper la halte de Saint-Etienne même s’il était récemment à Vienne, Paris, Vitrolles et ailleurs, c’est qu’il ne joue jamais vraiment où on l’attend, façon sympathique ronronnement/ applaudissements nourris quand ça s’arrête. On est plutôt ici face à une merveille de recréation perpétuelle, établissant entre nous et lui, entre nous et eux, une complicité silencieuse qui devient évidence au fil des minutes.
Ah oui, à propos de Just Wait, l’une des compositions, Monty explique : atteint d’un cancer du pancréas en 2012, il s’installe une nuit au piano « et j’ai cette idée : Attends Monty, ça aussi ça passera »….Just Wait était née…. Il y a 14 ans. Il l’aura donc enregistrée cette année à Paris.
Notre pianiste a fêté le 6 juin dernier ses 82 ans.
* A confirmer



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