CLOVIS NICOLAS . Blues in blue print
Sunnyside Records
Clovis Nicolas : contrebasse![]()
Larry Goldings : piano![]()
Carl Allen : batterie
Clovis Nicolas sait s’entourer des meilleurs et, comme il est à leur niveau, cela se passe toujours bien, voire même mieux que bien. C’est le cas ici où l’on retrouve à ses côtés le batteur Carl Allen et Larry Goldings au piano, ce qui est rare, pour une exploration en bonne et due forme du blues avec des morceaux allant d’Ellington à Bechet ou encore Wes Montgomery, en passant par Carla Bley et Ornette. Ajoutez à cela quelques compositions du maître de cérémonie et vous obtenez un disque épatant qui donne de l’espace à la musique. La contrebasse extrêmement juste et profonde du leader cimente l’ensemble avec au piano un Larry Goldings plus qu’inspiré et un Carl Allen tout en retenue et en précision. Avec un tel programme, le swing groovy n’est jamais loin et l’ensemble des mélodies baigne dedans. Le trio n’est pas passéiste pour autant et ils sont tellement doués qu’ils pourraient presque faire swinguer Varese ou Berio. Un disque chaud comme un rayon de soleil quand il entre dans la chambre le matin. Recommandé.
JAN HARBECK QUARTET . Conversation
Stunt Records
Jan Harbeck : saxophone ténor![]()
Henrik Gunde : piano![]()
Eske Nørrelykke
: contrebasse
Anders Holm : batterie
Jan Harbeck possède un drôle de talent : il écrit des standards. Mais comment est-ce possible, me direz-vous ? En toute franchise, on n’en sait rien. Ce qui est certain, c’est que ses morceaux en ont tout l’air. Est-ce la chaleur de son saxophone ténor, sa langueur à la Ben Webster, son art de la mélodie à la Benny Golson qui nous le font croire ? Allez savoir… Les trois musiciens qui l’accompagnent depuis une vingtaine d’années sont au diapason. C’est suave et chaleureux juste qu’il faut, c’est plein de petits détails qui font la différence, c’est équilibré et cela paraît simple. Mais méfions-nous de ce qui paraît facile, c’est toujours là que se cache le truc qui nous accroche l’oreille quand d’autres disques nous laisse de marbre. Inspirez profondément, plongez les oreilles dans la musique de ce quartet presque old school et devinez d’où vient le petit truc en plus qui vous séduira.
DANIEL’S ERDMANN THERAPIE DE COUPLE . I wanna hold your hand, François
BMC Records
Hélène Duret : clarinette, clarinette basse![]()
Théo Ceccaldi : violon![]()
Vincent Courtois : violoncelle![]()
Daniel Erdmann : saxophone![]()
Robert Lucaciu : contrebasse![]()
Eva Klesse : batterie
Comme il existe un office franco allemand pour la jeunesse (OFAJ), peut-être pourrait-on créer un office franco-allemand pour la musique (OFAM) avec à sa tête Daniel Erdmann. Trêve de plaisanterie facile, la thérapie de couple du saxophoniste est un groupe franco-allemand qui démêle par la musique, entre cordes et souffle, l’imaginaire d’une relation bicéphale dont l’histoire est « kompliziert ». Comme toujours il est accompagné des meilleurs et réussit à former un groupe qui unit ses voix avec aisance. La musique, conséquemment, est à la hauteur de l’enjeu. Les harmonies pleines de sonorités jamais agressives, la construction formelle des titres (chaque soliste à son morceau) empreinte de cette chaleur vibrante qui ne quitte jamais le natif de Wolfsburg, sont le terreau d’un monde qui met la beauté du détail au service de l’ensemble. Les compositions fouillées, jamais étouffantes, vivent leur histoire densément aérée au creux du sextet qui les révèle. C’est un travail d’orfèvre, fait d’esprit et de chair, qui rappelle, comme le disait François au parlement européen en 1995 que « le nationalisme, c’est la guerre. » Et les Beatles de chanter avec Helmut « I wanna hold your hand. »
http://www.daniel-erdmann.com/Home.html
PEARLS
Baboo music
Himiko Paganotti : chant![]()
Emmanuel Borghi : piano![]()
Frédéric Borey : saxophone![]()
Yoni Zelnik : contrebasse![]()
Philippe Soirat : batterie
Ce quintet veut la paix. En ces temps troublés (euphémisme) où les tarés, ivres de nationalisme, promeuvent leur inhumanité à coup de bombes, himiko Paganotti et ses complice proposent l’apaisement, par la douceur et la mélodie. La finesse, la chaleur des sentiments, sont leur crédo. On serait tentés de s’exclamer « putain que ça fait du bien ! » C’est malpoli, n’est-ce-pas ? Mais putain que ça fait du bien ! Aucunement sujet à la forfanterie, le quintet cisèle chaque mouvement musical avec un souci de justesse en tout point remarquable. Le silence est l’indispensable invité ; Il met en exergue ce que chaque thème a de doux et de chantant. Si les titres sont tous des compositions originales, ils se réfèrent, avec élégance et sans nostalgie, à la tradition de ce jazz mélodique, lié à l’émotion, à l’instant suspendu, qui enchante les oreilles depuis belle lurette. Recommandé, bien sûr.
https://www.instagram.com/himiko_paganotti/
FRANCOIS MARDIROSSIAN . Moondog, pépites
Ad Vitam Records
François Mardirossian : piano
En solo, sur un piano Stephen Paulello opus 102, François Mardirossian nous plonge dans l’univers musical de Louis Thomas Hardi, dit Moondog (en hommage à un chien qui hurlait à la lune mieux que les autres), sorte de clochard céleste hors norme, un temps sans domicile fixe avant de finir ses jours en Allemagne, entièrement dédié à la musique qui l’habitait. Le pianiste lui avait déjà consacré un disque en 2019. Il récidive et on ne s’en plaint pas, bien au contraire car il sait parfaitement mettre en valeur l’univers du compositeur aveugle, son goût pour le contrepoint, l’harmonie et les mesures impaires, entre autres. Une chose est certaine, l’auditeur, même sans connaissances musicales, peut entrer dans ce monde alternatif par la saveur particulière des mélodies développées, les ombres les habitant, quelque part entre jazz avant-gardiste et musique minimaliste. Recommandé.


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