Né en 1946, il est le plus vieux club jazz d’Europe, toujours régi par des bénévoles acquis à sa cause. Comme au premier jour. Ludwig Laisné, réélu il y a quelques jours président pour trois ans, vise désormais plus loin, plus haut, fort des 169 concerts annuels qui se pressent au 26 de la rue Lanterne
Une date parmi d’autres mais quelle date : Le Hot-Club de Lyon (26 rue Lanterne, pousser la porte, mais tout se passe en sous-sol, 42 marches plus bas), fête cette année ses 80 ans. Ce qui en fait, l’a-t-on assez répété, le plus vieux caveau de jazz en Europe, né en 1946 de la volonté d’étudiants des Beaux-Arts de Lyon qui s’engouffraient dans le jazz avec d’autant plus d’énergie qu’une guerre venait d’être terrassée.
L’étonnant est bien là : 80 ans après, le Hot-Club de Lyon est toujours présent, domicilié depuis 1981 dans cette sentine qui ne ressemblait à rien lorsqu’il s’y installa un beau jour de 1981 après s’être beaucoup promené depuis sa naissance. Et il y est plus vivant que jamais.
Depuis, (une pensée au propriétaire), il n’en a plus bougé. Au contraire, y a pris ses marques : souvenir du « festival du Hot Club » (sic, ce fut le premier festival) qui démarrait là dans la rue, au printemps. Mais surtout, souvenir de ces centaines de concerts, chaque semaine, du mardi au samedi, en un temps où le jazz restait d’abord une oeuvre de passionnés, et où Lyon -sans TGV- était un carrefour obligé entre capitale et Côte d’Azur.
Là est peut-être la clef de cette petite éternité
Tout aussi important, à notre sens, le Hot-Club n’a pas dévié d’un pouce durant ces huit décennies : la même association (1901), avec ses rites et ses dates, ses présidents (Gérard Vidon) la couve depuis l’origine, et là est peut-être aussi la clef de cette petite éternité.
En tout cas, c’est fort de ce passé que le Hot, réuni en « assemblée générale » le 16 décembre dernier, a réélu son « bureau », lequel s’est fixé plusieurs engagements dont celui-ci dont tout découle : « Positionner le club comme un acteur majeur sur la scène locale, nationale et internationale ».
Du Ludwig Laisné tout craché ? Pianiste, musicien, prof de musique, ingénieur du son, voire ancien conseiller artistique de marque de disque ( « J’ai été, entre autres, agent artistique chez Sony ; je sais comment ça fonctionne »)
Il vient en effet d’être reconduit à la tête du Hot-Club de Lyon, entouré de huit bénévoles qui ne sont évidemment pas des inconnus.
Débarqué à Lyon au début de la décennie, venant de Paris où il officiait notamment au Sunset ou au Duc des Lombards comme ingénieur du son, il s’était retrouvé à la tête du Hot en 2022, lequel venait de vivre, comme toutes les salles de spectacles de l’Hexagone, des mois difficiles, Covid-19 oblige, entre fermeture, confinements, délaissement ou démobilisation et autre manque-à-gagner assassin.
Ajouter à cela les petites dérives qui sont souvent le lot du monde associatif mais qui prenne une toute autre ampleur lorsque les moyens manquent : « Le Hot fonctionnait avec une vision à court terme; au jour le jour » se souvient-il, remarquant qu’il n’y avait « pas de vision artistique » : « Il y avait un entre-soi (….), ce qui faisait qu’il n’y avait pas de place pour les autres ».
Fermer la porte aux abus de toutes sortes
Et de revenir sur cette période de « reconstruction » (2022-2025) qui aura d’abord consisté, explique-t-il, par fermer la porte « aux abus de toutes sortes » : puis de mener avec une équipé soudée divers « chantiers », autant technique, financier qu’artistique. « Il s’agissait d’ augmenter le niveau artistique, afin d’attirer ou de faire revenir un public attentif ».
Intérêt de son expérience : « Quand je suis arrivé, j’ai cherché à présenter une programmation beaucoup plus ouverte » …. » .
Et donc si le Hot a décidé de ne rien renier de son passé, de ces formations qui avaient leur public, Ludwig Laisné s’est mis en tête d’attirer d’autres musiciens ou formations, moins visibles à Lyon pour diverses raisons. « J’ai pu compter sur mon réseau parisien » explique-t-il.
Dans le même temps, il recentrait le processus de programmation, vital pour un tel club où lassitude et copinage sont des risques perpétuels. « J’ai créé une commission de programmation qui respecte divers critères : être musicien de jazz (et non musicien classique), ou ingénieur du son, ou encore journaliste aguerri dans ce type de musiques ».
Ils sont ainsi désormais trois à assurer cette programmation : lui-même, Jean-Louis Almosnino (guitariste) et Adrien Bernet (batteur). Fil conducteur : le jazz, tout le jazz, sans rien renier, du be-bop au manouche, des Flagada à Jean-Charles Demichel, du big band au jazz plus lointain, « à la condition qu’il y ait une vraie base jazz ». Hip-hop ou rap, on l’a compris, ont peu de chance de débarquer sur la célèbre petite scène du Hot. A l’inverse, les big band -une des richesses de la scène jazz lyonnaise, les éclats des Happy Stompers y résonnent encore- y ont toute leur place : de Big Funk Orchestra à Mystère Swing Band, du Big Band de l’Ouest au Big Band d’Oullins. Le public a suivi : à l’époque, « le public ne venait pas forcément d’abord pour écouter du jazz », mais « peu à peu j’ai monté le niveau qualitatif et le public son niveau d’écoute et d’exigence ».
« On continue mais rien n’est acquis »
Et aujourd’hui ? Reparti pour trois ans à la tête du Hot, à l’évidence séduit par le projet, Ludwig Laisné dresse des pistes : « on continue mais rien n’est acquis ». Attirer des formations de qualité (Leïla Olivesi est attendue le 7 mars). S’améliorer toujours et encore et notamment, l’accueil et le confort du lieu. En projet par exemple, racheter les murs du Hot Club : et de préciser : « L’idée actuelle c’est de racheter les murs. C’est un objectif à 3 ans si le propriétaire accepte ».
Mais hors de question désormais d’étendre le Hot en sous-sol vers la rue Lanterne (projet longuement caressé par les anciennes équipes, et durant toutes ces années lorsque Gérard Vidon veillait et faisait vivre le Hot-Club). Parmi les difficultés repérées, la difficulté de réaliser des issues de secours. Aussi, veiller sur les finances : «Lorsque je suis arrivé, le solde financier était de zéro. Nous bouclons les deux dernières années avec un gain de 15 000 euros environ». Il s’agit ici de réduire les coûts au minimum, d’héberger « chez moi » les musiciens quand il le peut, avec l’idée de ne pas bouleverser les tarifs d’entrée au concert, quitte à abandonner l’espoir de faire venir telle formation ou tel musicien trop cher.
Fédérer des clubs de jazz pour avoir une force de frappe
Ceci expliquant cela, Ludwig Laisné caresse l’idée de nouer des partenariats avec d’autres clubs ou scènes de jazz dans l’Hexagone : « Arriver à fédérer les clubs de jazz pour avoir une force de frappe », ce qui permettrait d’attirer des formations, à première vue hors de portée.
Au vu de la qualité de certains clubs, festivals, évènements, en Rhône-Alpes comme dans les régions voisines, cela sonne comme une évidence. ….
….Avec tout ça on n’aura pas parlé des « Jam », chaque mercredi, là où se fabrique le jazz de demain.



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