Après le festival d’été, voici le festival d’automne de Charlie Free ; autre saison, autre ambiance : rencontre vendredi soir avec Nils Petter Molvaer et Bugge Wesseltoft, et retrouvailles samedi soir avec Youn Sun Nah et Matthis Pascaud
A chaque saison son festival. Début juillet, il s’agit de retrouver le Charlie Jazz Festival sous les immenses voûtes ombrées des platanes du domaine de Fontblanche. Avec à la clef, des musiques soutenues, ensoleillées et jouées de main(s) de maîtres par des artistes ou des groupes recherchés. Ainsi cette année, Al Di Meola, Lakecia Benjamin, Nate Smith ou Dhafer Youssef. Début novembre, en revanche, autre ambiance, même si les platanes tardent désormais à perdre leurs feuilles. En novembre, l’heure y est plutôt à la réflexion ou aux chuchotements savamment orchestrés dans la salle Guy Obino qui accueille ce Rendez-vous de Charlie, 6ème du nom. A titre d’exemple, comment oublier le « one guitare show » de Pat Metheny, donné ici-même, il y a deux ans. Pendant plus de trois heures, seul en scène, le musicien avait disserté à sa façon à partir d’un répertoire qu’on sentait sans limites.
Cette fois Aurélien Pitavy, directeur de Charlie Jazz, opte pour le nord de l’Europe, là où prospère un jazz aussi riche que discret, au gré des modes et des saisons, via des musiciens souvent proches et reconnus par leurs pairs.
Une « vieille » connaissance : Nils Petter Molvaer
Pour commencer, voici Nils Petter Molvaer, trompettiste, en trio, escorté de John Berger Myrhe à la guitare et d’Erland Dahlen aux drums. Depuis des années le musicien-compositeur n’a cessé de traçer son propre chemin musical, marqué par de nombreux albums dans lesquels ECM s’est impliqué. S’il a récemment changé de label, l’ambition de recherche reste la même, nourrie de toutes les influences qui n’ont cessé de l’inspirer.
Bugge Wesseltoft, un retour remarqué pour un nouvel album très attendu
Suivra l’un de ses comparses, le pianiste Bugge Wesseltoft, lui aussi incontournable de la scène norvégienne. Au sommaire, ce vendredi soir, Rymden, album récemment sorti et dont l’ambition est bel et bien « d’explorer de nouveaux territoires sonores », poursuivant là une quête démarrée il y a des années. Se tourner vers l’électronique, se souvenir d’un passé aux musiques agitées et faire un bout de chemin avec des musiques cousines mais surtout, se soumettre au temps qui passe via des compositions que signent à parts presque égales les trois musiciens, lui-même, Magnus Ostrom (drums) et Dan Berglund (cb). Ainsi Nightfall, partant d’un thème simple pour s’aventurer vers des domaines plus complexes qui se croisent ou s’enchevêtrent et, au final, pour aborder un paysage vierge ou grandement inconnu. Il s’agit bien là en effet d’explorer le temps ensemble tout en conservant toute liberté au gré des compositions. Vaste programme.
Youn Sun Nah : le jazz depuis plus de 30 ans
Changement de cap, de décor et d’intonations pour recevoir samedi soir Youn Sun Nah, chanteuse sud-coréenne largement adoptée par la France qu’elle a découverte il y a plus de trente ans, ayant décidé de venir s’y former et d’y faire carrière. Pour autant, sa venue à Vitrolles reste un évènement, marqué par Lost Pieces, son 13ème album sorti l’an dernier et qu’on retrouvera samedi soir. Parce qu’elle chante et enregistre depuis plus de 30 ans, parce qu’elle n’a cessé de s’approprier le jazz, quels que soient le registre, la formation ou l’inspiration, Youn Sun Nah trouve surtout sur scène le cadre souhaité. Ici, lascive sur des ballades poétiques, là, fougueuse sur des tempos que ne renieraient pas les divas du passé, elle fait montre, année après année, d’une même empathie talentueuse qui n’échappe pas au spectateur. A ses côtés, donc Matthis Pascaud à la guitare, complice de longue date, Raphaël Chassin aux drums et Brad Christopher Jones à la basse, pour mettre cette voix en valeur et la prolonger.
Matthis Pascaud : une guitare faite pour les voix féminines ?
Auparavant, la soirée aura débuté avec ce même Matthis Pascaud, guitariste, compositeur et touche-à-tout musical (directeur artistique etc), qui s’entoure ici de musiciens très prisés pour proposer un set à sa façon, marqué par ces Loups, sa récente production. Si le musicien excelle à donner la réplique à des chanteuses, Marion Rampal là, Youn Sun Nah ici, il ne cesse en parallèle de défricher, de faire sienne de nouvelles harmonies comme il l’a toujours fait aux côtés d’une ribambelle de musiciens qui faisaient appel à lui. Cette fois surtout, il décide donc de présenter et de jouer sa propre production. D’une certaine façon, cette soirée de clôture du Rendez-vous de Charlie sera également « sa » soirée.






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