Depuis le lancement du mouvement #metoo à la fin des années 2010, le Jazz, comme tout le reste de la société n’échappe à l’interrogation sur la faible place des femmes dans les musiques improvisées. Lors d’un colloque organisé par JazzRA dans le cadre du Forum Incandescentes, marqué à la fois par des conférences sur ce sujet et des concerts au féminin qui s’est déroulé au Périscope à Lyon, est intervenue l’une des meilleures spécialiste du sujet, la journaliste Raphaëlle Tchamitchian. A la suite de plusieurs années d’enquête, elle a mis le doigt sur le mécanisme qui engendre cette faible représentativité. Interview.
On parle en général de 20 % de femmes musiciennes et chanteuses dans le Jazz, C’est un pourcentage que vous confirmez ?
Raphaëlle Tchamitchian-C’est sûr, la situation n’est pas brillante ! On estime entre 15 % et 20 % de femmes dans la sphère jazzique.
Mais c’est vrai que depuis la prise de conscience amenée par le mouvement #metoo, mais qui en fait traverse l’histoire du jazz depuis…1920, ce pourcentage tend certes à croître, mais très lentement.
Combien de femmes programmées actuellement sur les scènes Jazz en France ?
Une grande enquête menée par des organismes spécialisés montre que sont programmées en moyenne en concert, sur les festivals, etc, 26 % de femmes contre 74 % d’hommes, là encore, il s’agit d’une situation largement minoritaire.
De même, 20 % seulement des morceaux joués sur scène sont composés par des femmes.
Autre donnée : sur 28 grands ensembles, 4 seulement sont paritaires et les femmes représentent 22 % des effectifs.
Outre le fait que c’est une musique qui historiquement a été fermée aux femmes, hormis aux chanteuses, qu’est ce qui explique une évolution si lente ?
En fait, si les femmes sont nombreuses au départ dans les formations musicales, elles disparaissent des formations au fil du temps.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : on trouve presque la parité en cycle 1 ; et elles ne sont que 19 % de femmes dans les cycles professionnalisants et 16 % in fine dans le grandes écoles de musique comme le CNSMD de Paris ou les pôles supérieurs.
Pourquoi cet écrémage, alors ; comment l’expliquez vous ?
On peut effectuer des hypothèses.
Le fait d’abord qu’au lycée, les filles sont plus enclines à privilégier à l’adolescence leur parcours scolaire et ont plus de mal à se projeter dans une carrière musicale.
Il y a aussi des processus sociaux qui jouent : les filles ont plus de mal à trouver leur place dans les formations au Jazz, face aux hommes, musicalement, verbalement, c’est tout un processus d’ensemble.
Comment alors aller vers la parité dans le Jazz ?
Je pense que des projets comme Incandescentes, à la fois associatif en créant un vaste mouvement, mais aussi musical, via la formation portant ce nom et mise en place cet été, peuvent jouer un vrai rôle en créant des espaces de légitimité. Le but, ce n’est pas que les femmes s’isolent, mais qu’elles se créent cet espace pour elles-mêmes.
Un tel Forum constitué par des conférences et des concerts de formations féminines permet d’éveiller les conscience du public qui a assisté aux concerts et aux jam’s session.
Et bonne surprise, je m’attendais à ce qu’il y ait surtout et essentiellement des femmes pendant ces deux jours ; or, beaucoup d’hommes étaient présents…
PHOTOS : Philippe SASSOLAS
https://lesellesdujazz.onj.org/exceptionnelles-exposition/
La formation Incandescentes
Incandescentes
Sandrine Marchetti








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