Si pour certains festivals de l’été, notamment en matière de Jazz, le bilan n’est pas toujours à hauteur des espérances, les organisateurs du Crest Jazz Festival qui s’est déroulé du 2 au 8 août dans la Drôme pavoisent.
Ils avaient misé gros pour le 50ème anniversaire de ce Festival, encore plus ancien que Jazz à Vienne en faisant venir des pointures. Malgré la canicule, le public a suivi : près de 8 000 festivaliers ont ainsi pris place à l’espace Soubeyran où se déroulaient les concerts.
Et si l’on additionne ceux ont vogué entre l’enceinte du festival, le concours de Jazz vocal en centre-ville, les concerts de fanfares chaque jour et l’exposition consacrée à Miles Davis, c’est un total de 10 000 festivaliers que revendique ce Festival associatif, soit 15 % de plus que l’année dernière qui avait pourtant déjà connu une jauge en hausse.
« Ce qui est intéressant cette année est que les trois soirées qui ont rencontré le plus de succès, ce sont celles qui étaient les plus estampillées Jazz, ce qui est prometteur pour l’avenir, avec les concert de Lars Danielsson, Erik Truffaz et celui d’Emile Parisien avec Yaron Herman », se félicite Alain Bellon, co-président de l’association à l’origine de ce festival qui a le mérite non seulement d’exister mais aussi de prospérer depuis un demi-siècle.
Une histoire qui recèle aussi un avantage, selon le co-président: « Nous avons un public fidèle, 40 % des spectateurs viennent d’Auvergne-Rhône-Alpes et 40 % de la Drôme/Ardèche ».
C’est le contrebassiste suédois Lars Danielsson, bien évidemment formidablement bien entouré qui avec son projet « Liberetto » a enflammé le premier le mardi 4 août les amateurs de Jazz, totalement emballés par ce musicien de haute-volée, somnité du jazz européen, à la présence assez rare en France.
Entouré de Joel Lyssarides, un jeune pianiste au jeu percutant et du guitariste John Parricelli, empruntant parfois à la musique classique, il a tissé une ligne très mélodique où l’émotion affleure en permanence, notamment lors de ses nombreuses improvisations marquées par une grande pureté de son et une douceur exacerbée.
Ce premier sommet musical fut suivi le jeudi 6 août par un second avec une tête d’affiche très présent cette année dans les festivals de l’été : le trompettiste Erik Truffaz.
Mais cette fois, contrairement à Vienne où il avait fait l’ouverture cet été avec l’orchestre symphonique du Léman et d’Annecy, la tonalité était cette fois complètement différente car consacrée au fameux disque de Miles Davis « Sketches of Spain ».
C’était « la » soirée hommage pour les 100 ans de la naissance du trompettiste star.
L’idée magnifique d’Erick Truffaz était de donner une totalité flamenca aux envolées ibériques avec en sus, la présence sur scène, à la fois du fameux chanteur (et saxophoniste) flamenco-jazz Antonio Lizana, du guitariste flamenco Paul Figueres et d’une magnifique danseuse sachant fondre ses mouvements avec la trompette d’Erik Truffaz et les chants du chanteur : Ana Perez.
Une soirée somnitale qui par son originalité et sa créativité a enthousiasmé le public.
Le troisième concert intitulé « Floating » qui restera dans les annales de cette cinquantième édition fut l’œuvre du saxophoniste soprano Emile Parisien qui partagea la scène le samedi 8 août avec le pianiste Yaron Herman : une réunion de deux improvisateurs majeurs rehaussée, jouant avec une complicité réjouissante, là encore par le métissage hindou des tablas du percussionniste Prabhu Edouard.
Petit plus pour Emile Parisien, beaucoup de musiciens de Jazz sont habités par leur musique, heureusement par ailleurs, mais chez le saxophoniste français, çà se voit vraiment : il vibre de toute part avec sa musique et celle de ses comparses, dans une sorte de transe emportant le public.
Les bonnes surprises
Crest Jazz Festival, ce sont des musiciens reconnus qui continuent à surprendre, mais le Jazz, c’est d’abord cela, mais aussi des plus ou moins jeunes formations que l’on découvre.
Ce fut le cas de « Memories », la formation lauréate du prix du public du concours de Jazz vocal 2025, mené par la chanteuse Doris Bula, à la voix superbe, mariée avec le jeu de trompette du très davisien Louis Alléaume, aux magnifiques envolées.
Lors de la soirée oud avec Dhafer Youssef en seconde partie ; en 1ère partie, Khayal fit aussi forte impression, notamment par la prestation de la chanteuse Raphaëlle Brochet qui illumina la scène et sa manière très particulière de scater.
Mais ce fut aussi l’étonnant Cédric Hanriot, au piano et synthétiseur, aux solos éblouissants, mariant avec grâce et énergie le jazz avec la voix de la rappeuse et chanteuse Nunny.
On peux enfin citer au rang des belles découvertes de ce festival, le quintet de Mélina Toubiana, suivie depuis longtemps par le festival drômois, dotée d’une énergie explosive et d’un groove auquel il fut difficile de résister…
Bref, on l’aura compris cette 50ème édition est non pas à marquer d’une pierre blanche, mais d’un joli bleu profond !













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