A près de quatre semaines de l’ouverture de Jazz à Vienne, le 25 juin, Guillaume Anger, directeur artistique du Festival viennois décrit la manière dont a été constituée la programmation et donne la température de la billetterie, avant l’ouverture. Et annonce que 40 % des artistes programmés cet été ne sont jamais venus au théâtre antique…. Entretien.
A près d’un mois du début du Festival, comment se présente l’édition 2026 de Jazz à Vienne, en termes de billetterie ? Sent-on un engouement ou la situation géopolitique pèse-t-elle avec un certain attentisme du public ?
Guillaume Anger–Ce que l’on peut dire, c’est que l’on est dans les clous. On n’est pas dans l’euphorie, mais c’est satisfaisant. Mais c’est vrai : on n’est plus dans les trois années euphoriques qui ont suivi le Covid. On sent que ça se calme….
C’est la raison pour laquelle nous devons mettre en œuvre beaucoup de communication, notamment sur les réseaux sociaux : notre équipe s’y emploie pour être partout, pour innover. Les artistes participent d’ailleurs pour beaucoup à cet effort en annonçant et en présentant leur concert à Vienne eux aussi sur leurs propres réseaux sociaux. Ce qui permet de démultiplier ces efforts de communication.
On le sent : le public n’est pas rassuré. La raison tient notamment au coût de la vie, le public fait attention à ses dépenses.
Comment répondez-vous justement à ce problème de prix des billets qui ont tendance à augmenter..?
Cette année, nous sommes restés dans notre logique de proposer 40 % des soirées aux tarifs les plus bas : 40 euros. Quant aux tarifs le plus hauts, ils restent mesurés et n’ont pas augmenté.
Dans ce même esprit, nous proposons aussi le Pass 7 concerts à 205 euros, ce qui permet de descendre le tarif pour un concert, même s’il est plus cher en billet individuel, même s’il est complet, à un peu moins de 30 euros. Mais attention, au passage, nous allons bientôt stopper leur vente, mais il est encore temps…
Il y a actuellement trois soirée qui affichent complet, De Luxe, Vulfpeck et Cerrone. D’autres sont-elles en train de prendre le même chemin ?
Le soirée hommage (Miles/Coltrane Celebration), le 4 juillet avec Marcus Miller se présente très bien, elle devrait faire le plein assez rapidement…
On remarque que souvent les mêmes artistes sont à l’affiche d’un bon nombre de festival de Jazz dans l’Hexagone et sont programmés à de multiples reprises pendant l’été, ce qui donne une impression d’uniformité. Comment Jazz à Vienne répond à cette problématique ?
C’est bien ce que nous voulons éviter !
Il faut d’abord savoir que cette année, 40 % de la programmation de Jazz à Vienne n’a jamais mis les pieds sur la scène du théâtre antique.
Il y a aussi des artistes qui ne sont pas venus depuis très longtemps, comme Maria Schneider qui sera présente avec un super big band et qui n’avait pas été programmée depuis…2004.
Mais aussi nous avons tenu à développer des exclusivités que l’on ne verra qu’à Vienne ou presque.
C’est ainsi que le concert d’ouverture avec Eric Truffaz et l’orchestre des Alpes et du Léman ne sera interprété qu’à Vienne et à une autre date, mais c’est tout, puisqu’il s’agit d’une coproduction avec Jazz Contrebande à Annemasse et ce sera en octobre ; pour Cerrone, ce sera son seul concert en France.
Ce sera la même chose avec Beirut, le 2 juillet : ce sera sa seule date en plein air, en France ; idem pour Jon Batiste que nous avons réussi à faire venir après plusieurs années de tentatives.
De La Soul n’a que trois dates cet été en France dont Vienne ; et Buena Vista, que deux. Pas de risques donc avec ces artistes de démultiplication sur tout le territoire…
Notre politique artistique est bien de nous différencier par rapport aux autres Festivals.
Concernant encore la programmation, on a vu des festivals déborder largement au-delà de l’esthétique Jazz, avec l’année dernière, par exemple Sheila à Jazz à l’Ile de Ré ou Feu! Chatertton cet été à Marciac : quelle ligne rouge vous vous êtes fixée ?
Il n’y a pas de ligne rouge, mais ce que nous voulons absolument, c’est rechercher une cohérence musicale à partir des sources du Jazz.
On peut ouvrir, mais garder cette filiation sur le Blues, la Funk qui est issue du Jazz et le Disco qui est issu du Funk.
L’histoire de la musique ne s’arrête pas. Elle évolue sans cesse.
En France, on a tendance à vouloir cloisonner, mais les artistes eux mêmes ne se posent pas ce type de question.
Prenons Beirut programmé le 2 juillet : ce n’est pas clairement un groupe de Jazz, mais nous ouvrons la soirée avec Vincent Peirani. Ce qui permettra au public venu pour Beirut de s’ouvrir au Jazz.
Et il faut bien le dire, le public ne se pose pas cette question : il vient pour écouter de la musique. Il aime ou il aime pas…
Mon seul fil rouge est l’exigence musicale dans la programmation car le public de Jazz à Vienne est constitué de vrais mélomanes.
Cette année 2026 est marquée par le 100ème anniversaire de la naissance de Miles Davis. Qu’est-il prévu cet été à Jazz à Vienne dans ce cadre ?
Il y a bien sûr le concert hommage du 4 juillet avec Marcus Miller, mais il y aura également un grand concert symphonique à Cybèle avec Médéric Collignon, le 5 juin ; mais aussi « une Balade avec Miles » avec Airelle Besson, ainsi qu’un « Summer camp » thématique autour de Miles avec 25 élèves venus du monde entier : ils donneront eux aussi des concerts au cours du Festival…
Il y aura enfin une très importante exposition à l’église Saint-Pierre, avec de nombreuses photos réalisées lors de ses passages à Vienne, des projections de documentaires dont certains inédits et des rencontres avec des témoins qui feront part de leur rapports avec Miles lors d’échanges musicaux, etc.
Ce même été 2026, il y aura également à côté de Jazz à Vienne, 12 concerts de pop, rock, rap au théâtre antique et un spectacle de danse avec Béjart, des concerts tous gérés par Cybèle Productions, comme Jazz à Vienne..Comment se passe a répartition ? Par exemple, Sting est passé au théâtre antique lors d’un festival antérieur, mais cette fois hors festival…
L’objectif est de satisfaire aussi les autres publics que ceux du Jazz en élargissant de manière large les esthétiques musicales.
Quant à Sting, produit par Cybèle Production, s’il passe hors Jazz à Vienne, c’est que ne voulions pas dépasser pour le Festival les tarifs modérés que nous nous sommes fixés. La place pour ce concert de Sting qui se jouera à guichets fermés est en effet à 89 euros.
On entend dire parfois que Jazz à Vienne est le 1er Festival de Jazz de France, d’autre fois que c’est Marciac. Quelle est la réalité ?
Nous ne voulons pas entrer dans ce type d’opposition. Ce que nous disons est que Jazz à Vienne et Jazz in Marciac sont les deux plus importants festival de Jazz en France et c’est très bien que ces deux festivals soient encore là, c’est bon pour le Jazz !
Nous avons d’ailleurs des partenariats avec Marciac et nous échangeons souvent. Pas de rivalité entre nous !
Photo -Guillaume Anger lors du lancement de la 45ème édition de Jazz à Vienne


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